Vous êtes-vous un jour imaginé ce que pouvait penser un p'tit bout de trois ans le jour de sa première rentrée ? « C'est quoi l'école ? » « Pourquoi on me laisse là avec tous ces enfants ? » « C'est qui cette dame qui me parle ? » « Pourquoi elle tape des mains ? » J'en oublie des milliers et pas des moindres vous vous en doutez.
L'an dernier, j'ai vécu ma première rentrée en Petite Section. J'avais beaucoup lu, beaucoup discuté avec des collègues. Je pensais être prête. Et bien non ! On n'est jamais complètement prêt pour sa première rentrée en Petite Section ...
J'avais passé des heures, des jours, à trier, ranger, faire de belles étiquettes, rendre la classe agréable. J'avais bien essayé de penser de façon logique (si tant est que ce soit possible), cette première journée. L'heure arrivant, mon cœur battait de plus en plus fort. Je craignais les cris, les larmes, les séparations difficiles. Tout cela ou presque m'a été épargné. Ce que je n'avais pas prévu, c'est le raz de marée qui allait dévaster ma classe en quelques minutes à peine. Il ne leur a pas fallu un quart d'heure pour vider toutes les étagères, emmener les poupées jouer aux petites voitures, les maquiller avec les feutres, mélanger les pièces de tous les puzzles, même ceux que je n'avais pas sortis, et vider toute la bibliothèque. J'étais terrassée. Moi qui aime tant l'ordre.
Ensuite, vint le moment d'une première tentative de regroupement. Oh ! Modeste. Juste le temps de se présenter.
Là encore, je n'avais pas tout prévu : « y me touche !!!!!!!!!!!!!!!!!! », « je veux pas qu'y s'assoit là lui ! », « bisous ! » Et bien oui, il y a des petits de trois ans qui n'ont aucune idée de ce qu'est un groupe. Ils passent subitement de « tout seul avec papa et maman » à « trente avec deux ou trois adultes inconnus ». Ils doivent alors comprendre que lorsque la dame assise sur la chaise parle, elle parle à tout le monde, même si elle n'a pas dit tous les prénoms avant. Ils doivent accepter l'idée de s'asseoir sur le banc quand elle le décide et d'avoir deux autres marmots tout aussi inquiets assis de chaque côté. Et puis, mince alors, voilà que papa et maman ne sont pas encore revenus ! Pour finir, cette maîtresse, elle ne comprend rien. Papa et maman, quand on leur explique que « Kiti y pas coué moi pi peu », eux ils comprennent tout de suite, on n'a pas besoin de leur répéter dix fois.
Bon, vous avez compris ? C'est dur pour nous mais c'est dur pour eux aussi. Alors, le jour de la rentrée, une seule règle : zen.
Ceci dit, il y a moyen de se faciliter les choses et cette année :
Les puzzles qui ne sont pas à disposition sont hors d'atteinte de leurs petites mains.
L'EVS restera au coin maison aussi longtemps qu'il le faudra pour installer un minimum de règles.
Je prendrai tout le temps nécessaire pour montrer à chacun comment et où ranger.
Je n'exigerai pas d'eux qu'ils donnent la main à un autre enfant trop tôt.
J'éviterai les consignes collectives trop fréquentes les premiers temps.
Je prendrai le temps, plusieurs jours de suite, de me présenter individuellement à chaque enfant.
Je n'essaierai pas d'installer trop de règles de vie à la fois. À chaque jour suffit sa peine.
Mais, soyons sincères. Au bout de quelques jours à peine, ce fut du grand bonheur même si jusqu'à la fin de l'année, Manon a poussé tous ceux qui voulaient s'asseoir à côté d'elle en hurlant « y me touche ! », même si Noé a continué de sortir de nouveaux jeux chaque fois que je demandais de ranger, même si malgré les beaux lits tout neufs les poupées ont continué de dormir par terre, même si à chaque regroupement Julie a continué de chanter en dansant et tapant des mains. Même si tout ça et plus encore ... je remets ça cette année car je suis accroc !